Les étiquettes de vin sont parfois des joyaux. Joyaux en termes visuels, car certaines sont originales et méritent presque d’être encadrées ; et d’autres par l’occasion pour laquelle la bouteille a été ouverte. Il en résulte l’envie de conserver cette étiquette… Mais comment faire ?
Bref historique des étiquettes de vin
Suite à la découverte, dans un tombeau égyptien datant de 3500 ans avant J.-C., d’amphores sur lesquelles des inscriptions étaient gravées, on peut dire que le concept d’identification du vin remonte à loin ! Dans cet exemple, les informations gravées étaient notamment une date et le nom d’une personne.
Jusqu’au XVIIe siècle, les vins commercialisés étaient principalement transportés dans des tonneaux. Les étiquettes ne ressemblaient pas à des pancartes mais étaient plutôt estampillées ou marquées directement sur le bois.
C’est au XVIIIe siècle, avec le développement des premières bouteilles en verre, qu’il a fallu trouver un moyen de présenter certaines informations, notamment liées au transport et au commerce. Il s’agissait alors de morceaux de papier, parfois manuscrits.
À partir de 1796, les possibilités offertes par la lithographie permettent notamment de produire plus facilement des étiquettes imprimées en série. Elles présentent progressivement des graphismes, des couleurs et des informations techniques. Les étiquettes vont alors prendre une place de plus en plus importante dans l'identification et la présentation des vins.
Quelles informations trouve-t-on sur les étiquettes de vin ?
De nos jours, sur les étiquettes doivent apparaître une multitude d’informations : de l’indication géographique aux noms des récoltants, vignerons, voire embouteilleurs ; mais aussi des données techniques telles que le pourcentage d’alcool par litre, le nom des cépages, le nom du domaine ou du château, etc. Selon les vins, on peut également trouver le millésime, le volume de la bouteille, le numéro de lot, des informations relatives à l’embouteillage ainsi que différentes mentions réglementaires.
En plus de ces données informatives, les étiquettes font parfois preuve d’une grande ingéniosité créative ! Il est tentant dans ces cas-là de vouloir la retirer de la bouteille pour la conserver précieusement comme un trophée de chasse. Logique.
Oui mais… comment faire ?
Les différents types d’étiquettes de vin
Déjà, sachez pour votre gouverne qu’un collectionneur d’étiquettes de vin est un œnographiliste. Ensuite, que plusieurs techniques de collage peuvent être rencontrées. On peut les regrouper en deux grandes familles : les étiquettes autocollantes et les étiquettes collées. Cette distinction est importante, car une méthode qui fonctionne parfaitement sur une étiquette collée peut être beaucoup moins efficace sur une étiquette autocollante. Le papier, son traitement de surface et surtout la nature de la colle jouent un rôle déterminant.
La méthode Spiritus Vinum pour décoller une étiquette
La technique que j’utilise et qui fonctionne neuf fois sur dix :
- Mettre la bouteille vidée (!) dans l’évier et faire couler de l’eau chaude à l’intérieur.
- Parallèlement, porter à ébullition un litre d’eau.
- Parallèlement encore, préparer un bristol, un papier ou le support sur lequel vous souhaitez coller l’étiquette une fois celle-ci retirée de sa bouteille.
- Après cinq petites minutes, vider l’eau chaude de la bouteille et la remplacer par l’eau bouillante.
La première eau chaude sert à élever la température du verre et à réduire l'effet de choc thermique au moment de verser l’eau bouillante. Vouloir aller trop vite et mettre l’eau bouillante tout de suite peut engendrer un choc thermique du verre. Dans ce cas, la manipulation devient plus délicate !
- Une fois l’eau bouillante versée dans la bouteille, attendre une à deux minutes. Pas plus.
- À l’aide d’un couteau pointu, décoller l’un des angles de l’étiquette.
- Si l’eau bouillante a fait son travail, le décollage se passera sans encombre. Tirer tout doucement, voire décoller un autre angle pour avoir plusieurs zones de travail.
Si l’étiquette menace de se déchirer car la colle n’est pas encore assez fondue, il faut soit attendre encore quelques secondes, soit remplacer l’eau par de l’eau bouillante. La température est peut-être trop descendue.
- Une fois l’étiquette décollée, la coller sur le support préparé dans l’étape 3.
Pourquoi cette méthode fonctionne-t-elle ?
L’idée est de transmettre progressivement la chaleur au verre, puis à la colle située derrière l’étiquette, sans tremper directement le papier. C’est cette particularité qui fait tout l’intérêt de la méthode.
Pour conserver l’étiquette : très bonne méthode
Difficulté : faible
Décoller une étiquette de vin avec de l’eau chaude
Pour les étiquettes collées traditionnellement, une technique simple est à noter pour les récupérer : laisser tremper la bouteille dans une bassine d’eau chaude. L’eau va progressivement diluer la colle et l’étiquette pourra se décoller toute seule. Par contre, une fois décollée, elle est très fragile.
L’astuce du film alimentaire
Dans une assiette sur laquelle est appliqué un film alimentaire étirable, placer l’étiquette détrempée dessus. Elle va sécher mais rester plate. Une fois sèche, il ne reste plus qu’à la coller sur le support de votre choix.
Attention : cette méthode est surtout intéressante lorsque l’on souhaite récupérer des étiquettes dont la colle se dissout facilement dans l’eau. Elle est beaucoup moins adaptée à certaines étiquettes autocollantes.
Décoller une étiquette de vin à la vapeur
Si l’eau fonctionne, pourquoi ne pas essayer sa version aérienne ? La vapeur permet de chauffer l’adhésif tout en évitant d’immerger complètement l’étiquette. Le principe est simple : exposer progressivement l’étiquette à la vapeur, puis essayer de soulever un coin lorsque la colle commence à ramollir. Il faut travailler progressivement. La vapeur est chaude et une brûlure est beaucoup plus facile à obtenir qu’une belle étiquette. Cette méthode peut être intéressante lorsque l’adhésif résiste aux méthodes classiques.
Décoller une étiquette de vin avec un sèche-cheveux
Autre manière d'utiliser la chaleur : le sèche-cheveux. L'avantage est de pouvoir chauffer une zone précise sans humidifier directement l'étiquette. Dirigez l'air chaud vers l'étiquette en faisant constamment circuler le sèche-cheveux. Après quelques dizaines de secondes, essayez de soulever un angle. Si l'étiquette résiste, chauffez à nouveau.
Le but n'est pas de cuire la bouteille, mais de ramollir progressivement l'adhésif.
Décoller une étiquette de vin au four
Voilà une méthode un peu plus radicale. Le principe est toujours le même : utiliser la chaleur pour ramollir l'adhésif, mais cette fois de manière uniforme sur toute la bouteille. Certains guides recommandent de chauffer une bouteille vide dans un four à température modérée, puis de retirer l'étiquette alors que la colle est encore chaude.
À utiliser avec précaution.
Le verre supporte mal les variations brutales de température. Une bouteille froide ne doit donc pas être soumise brutalement à une forte chaleur. Et évidemment, on ne met jamais une bouteille contenant encore du vin dans un four.
Décoller une étiquette de vin par transfert
Ici, nous changeons complètement de philosophie. On ne cherche plus forcément à décoller l’étiquette de la bouteille.
On cherche à la transférer.
C'est le principe des adhésifs spécialement conçus pour le décollage des étiquettes. On applique une feuille adhésive sur l’étiquette, on la fait adhérer soigneusement, puis on retire l’ensemble de la bouteille. L’étiquette , ou au moins sa partie imprimée , reste alors solidaire de la feuille. C’est une solution particulièrement intéressante pour les collectionneurs.
La solution la plus propre : Albert l’Astucieux
Loin de moi l’idée de faire de la publicité, mais quand même…
Un outil tout à fait habile, facile à utiliser et qui vous permettra de collectionner les étiquettes dans un très bel ouvrage rouge. C'est outil s'appelle Albert l’Astucieux.
Watizit ? Albert l’Astucieux est une solution simple pour décoller les étiquettes de vos bouteilles préférées. Le principe est simple : une feuille adhésive transparente est appliquée sur l’étiquette ; en la retirant, l’étiquette est littéralement désolidarisée de la bouteille. Une fois la manipulation terminée, vous pouvez ranger votre joyau dans le classeur prévu à cet effet, en y indiquant toutes les informations possibles sur le vin.
Que faire quand une étiquette de vin résiste ?
Parce qu’il y a toujours une bouteille récalcitrante. Vous avez chauffé, vous avez trempé, vous avez attendu, et pourtant cette satanée étiquette ne veut rien savoir. Pas de panique.
L’étiquette se déchire
Ne tirez plus. Réchauffez légèrement la colle et recommencez plus lentement. Le papier est parfois plus fragile que l’adhésif : si vous forcez, c’est lui qui cédera en premier.
La colle reste sur le verre
C’est un autre problème. L’étiquette est partie mais elle a laissé derrière elle une belle couche de colle. Dans ce cas, l’objectif n’est plus de conserver l’étiquette mais de nettoyer le verre.
L’étiquette est plastifiée
Elle réagira différemment d’un papier traditionnel. L’eau pénètre difficilement et le chauffage progressif peut être plus efficace.
L’étiquette est très ancienne
Là, prudence. Avant de tenter quoi que ce soit, photographiez-la. Une étiquette ancienne, rare ou particulièrement importante peut avoir davantage de valeur intacte sur sa bouteille que décollée en trois morceaux.
Comment nettoyer une bouteille après avoir retiré l’étiquette ?
Toutes les étiquettes ne méritent pas forcément de finir dans un classeur. Parfois, on veut simplement récupérer une jolie bouteille. Dans ce cas, on peut se permettre des méthodes plus énergiques.
Nettoyer une bouteille avec du bicarbonate
Un bain d'eau chaude additionné de bicarbonate peut aider à détacher certaines étiquettes et certains adhésifs. On laisse agir, puis on retire les morceaux d'étiquette et les éventuels résidus. Cette méthode est à réserver au nettoyage de la bouteille : le papier détrempé n'a évidemment que peu de chances de ressortir intact.
Nettoyer une bouteille avec du savon
Eau chaude et liquide vaisselle. Difficile de faire plus simple. Laissez la bouteille tremper suffisamment longtemps pour que l'eau ait le temps d'agir sur la colle. Puis retirez progressivement les morceaux d'étiquette.
Enlever les résidus de colle avec de l'huile
Lorsque l'étiquette est déjà partie mais que la colle est toujours là, l'huile peut être votre alliée. Déposez-en une petite quantité sur un chiffon et frottez la zone concernée. Laissez agir quelques minutes avant de nettoyer soigneusement le verre. Une méthode peu spectaculaire, mais souvent utile.
Enlever les résidus de colle avec une lame
La lame peut servir pour les derniers résidus. Mais attention : c'est un outil de finition, pas une méthode de décollage. Sur le verre, un grattoir ou une lame adaptée peut permettre de retirer les derniers morceaux de colle. Sur l'étiquette elle-même, en revanche, le risque est évident : un coup de trop et votre étiquette devient un puzzle.
Les solvants pour enlever les résidus de colle
Alcool, produits spécifiques pour adhésifs, acétone… Certains produits peuvent être très efficaces sur le verre. Mais ils ne doivent pas être utilisés comme première intention sur une étiquette que l'on souhaite conserver. Un solvant capable de dissoudre la colle peut également attaquer une impression, un vernis ou un traitement de surface.
À réserver donc au nettoyage de la bouteille, avec les précautions d'usage et en respectant les indications du produit.
Les méthodes à éviter pour décoller une étiquette
Le couteau de cuisine
Il peut rayer le verre et constitue surtout un moyen assez brutal de parvenir à ses fins.
L'eau bouillante sur une bouteille froide
C'est précisément ce que nous cherchons à éviter avec la méthode Spiritus Vinum. La montée progressive en température du verre est importante.
Le décapeur thermique
Trop puissant et difficile à contrôler pour une opération qui demande surtout de la patience.
Les solvants directement sur l'étiquette
Si votre objectif est de conserver l'étiquette, mieux vaut éviter de jouer au petit chimiste.
Tirer trop vite
La méthode est simple. L'étiquette se déchire. Vous êtes contrarié. Vous recommencez avec une autre bouteille. Et vous auriez dû attendre trente secondes.
Comment conserver une étiquette de vin après l'avoir décollée ?
Ne la rangez pas immédiatement dans un classeur. Une étiquette fraîchement décollée peut être humide, gondolée ou légèrement recourbée. Laissez-la d'abord sécher. Pour les étiquettes ayant été trempées, une solution simple consiste à les faire sécher à plat sur une surface protégée. L'objectif est qu'elles ne se recourbent pas en séchant. Une fois sèche, elle peut être placée dans un classeur, un album ou une pochette adaptée. Et surtout, notez ce que vous risquez d'oublier : le vin, le millésime, le domaine, la date de dégustation, et pourquoi pas le lieu et les personnes présentes.
Comment conserver une étiquette de vin sans la décoller ?
C'est une possibilité que l'on oublie souvent. Vous n'êtes pas obligé de décoller l'étiquette. Une photographie peut suffire. Pour une belle étiquette, photographiez-la avant d'attaquer la bouteille. Cela permet également de conserver son état original : déchirures, traces de vieillissement, reliefs, dorures, embossages… Pour une étiquette particulièrement fragile ou ancienne, cette solution est probablement la plus raisonnable.
Devenir œnographiliste : collectionner les étiquettes de vin
Déjà, vous savez maintenant comment cela s'appelle. Un collectionneur d'étiquettes de vin est un œnographiliste. L'étiquette peut être considérée comme un document à part entière : elle raconte un vin, un domaine, une époque et parfois une histoire graphique. Certains collectionneurs classent leurs étiquettes par domaine, par appellation, par région, par millésime ou simplement par ordre chronologique. D'autres conservent également les informations relatives à la dégustation Il n'y a finalement pas vraiment de règle. Une seule compte : que cette petite feuille de papier vous permette de vous souvenir de la bouteille.
Une étiquette de vin, ça raconte une histoire
Une bouteille se boit. L'étiquette, elle, peut rester. Elle peut nous rappeler un dîner, une rencontre, un voyage, une découverte ou simplement un vin particulièrement bon. Et c'est peut-être finalement la meilleure raison de la conserver.
Qu'elle soit un petit morceau de papier manuscrit, une étiquette imprimée du XIXe siècle ou une création graphique contemporaine, elle accompagne le vin depuis des siècles et constitue aujourd'hui un véritable objet de collection. Alors, la prochaine fois que vous ouvrirez une bouteille qui compte… ne jetez pas trop vite l'étiquette. Elle pourrait bien mériter une deuxième vie.
Sources pratiques : décoller les étiquettes
Avery — 6 méthodes pour décoller une étiquette
Une sélection de méthodes pratiques pour décoller les étiquettes d’un bocal ou d’une bouteille, notamment avec de l’eau chaude, un sèche-cheveux, de l’huile ou différents produits pour les résidus de colle.
Voir les méthodes sur le site d’Avery
Château Loisel — Décollage d’étiquettes
Une page consacrée spécifiquement au décollage des étiquettes de vin, avec différentes techniques pour retirer l’étiquette ou nettoyer les résidus de colle.
Voir les méthodes sur Château Loisel
Vignoble Étiquette — Collection et décollage
Une ressource consacrée aux étiquettes de vin et à leur collection, qui permet notamment de mieux comprendre les différentes techniques de collage et de décollage.
Albert l’Astucieux
Le procédé par feuille adhésive spécialement conçu pour décoller les étiquettes de bouteilles et les conserver dans un classeur.
Sources pour comprendre l’histoire des étiquettes de vin
La Revue du vin de France — Histoire des étiquettes de vin
Un article consacré à l’histoire de l’étiquette de vin, à son évolution et à son rôle dans l’identification et la présentation des bouteilles.
Lire l’article de La Revue du vin de France
Université de Bourgogne — De la vignette passe-partout à l’étiquette composée
Cette publication universitaire retrace l’évolution des étiquettes de vin, notamment en Bourgogne, depuis les premières vignettes jusqu’aux compositions graphiques plus élaborées.
Lire l’étude de l’Université de Bourgogne
Wine History Project — Every Label Tells a Story
Une approche historique internationale qui montre comment les inscriptions, marques et étiquettes ont progressivement permis d’identifier les bouteilles et leur contenu.
Lire l’article du Wine History Project
UC Davis Library — Label This
L’université de Californie à Davis possède une importante collection historique d’étiquettes de vin. Cette ressource permet de considérer l’étiquette comme un véritable document historique et graphique.
Découvrir la collection de l’UC Davis Library
Sources sur l’œnographilie et la collection d’étiquettes
Association Nationale d’Œnographilie
Une association française consacrée aux collectionneurs d’étiquettes de vins, spiritueux et bières. Une bonne porte d’entrée pour découvrir l’œnographilie et la manière dont les collections sont constituées.
Découvrir l’Association Nationale d’Œnographilie
Wikipédia — Œnographilie
Une présentation générale de l’œnographilie et de la collection d’étiquettes de vin. Une source secondaire utile pour compléter les informations.
Lire l’article Wikipédia consacré à l’œnographilie
Peter Garrett — Oenographile and the Layman
Un article universitaire consacré à l’œnographilie et à l’intérêt des étiquettes pour comprendre et explorer l’univers du vin.