Né le 22 juillet 1902 à La Bastide-Rouairoux, dans le Tarn, et mort le 26 juillet 1990 à Grasse, le docteur Emmérick-Adrien Maury est un médecin français formé à la Faculté de médecine de Paris, où il soutient sa thèse en 1928. Après un passage comme médecin résident au Royal Homeopathic Hospital de Londres, il se tourne dès les années 1930 vers l’homéopathie et l’acupuncture.
En 1974, il publie un ouvrage singulier, Soignez-vous par le vin, dans lequel il affirme que certains vins possèdent des propriétés thérapeutiques. Le livre rencontre un grand succès éditorial dans les années 1970 et fait du docteur Maury une figure aussi originale que controversée de la vulgarisation médicale.
L’entretien qui suit est une interview fictive, librement inspirée des propos et des idées développés par le docteur Maury dans son ouvrage.
Docteur Maury, nous vous remercions de nous accorder cet entretien…. disons..un peu spécial
C’est avec grand plaisir, mon cher.
Saviez-vous que votre livre, “Soignez-vous par le vin” est devenu best-seller des années 70 ?
Je répondrais que la modestie ne se soigne pas avec un bon cru... mais je suis fort heureux de l’apprendre…
Selon vous, le vin a-t -il toujours des vertus médicamenteuses ?
Je vous répondrai en m'appuyant sur 45 ans d’expérience clinique auprès de mes malades.
Voyez-vous, les plus anciennes allusions aux propriétés médicamenteuses du vin remontent à 6000 ans avant notre ère. Les médecins égyptiens, qu’on appelait “les gardiens des secrets”, utilisaient déjà le vin pour calmer la colère et apaiser le chagrin.
Il est néanmoins utile de rappeler qu’ils coupaient ce breuvage avec de l’opium ! (rires)
Ils étaient donc les précurseurs en la matière ?
Tout à fait !
Et plus tard, chez les grecs , des témoignages de Platon recommandent l’usage modéré du vin pour réchauffer l’âme et le corps. “Le vin est le lait des vieillards”, disait-il. J’ai d’ailleurs suivi son précepte jusqu’à un âge avancé voyez-vous…
De même, à cette même époque, Hippocrate rapporte qu’on administrait le vin à juste mesure suivant la constitution individuelle. Il préconisait du vin blanc pour soigner l’hydropisie, qui est une présence de liquide dans l’abdomen par exemple, entraînant des œdèmes généralisés.
Son école hippocratique accusait la mélancolie, plus communément appelée l’humeur triste, d’être à la base de nombreuses maladies. Le médecin grec axait la conduite thérapeutique sur la recherche de la gaieté, qui, disait-il, “dilate les conduits de la rate”.
Pour lui, le vin donne de bonnes humeurs.
Pour rappel, les humeurs sont les 4 liquides du corps humain : le sang, la bile, l’atrabile et le phlegme.
Permettez-moi de vous narrer cette anecdote : en 79, année de l’éruption du Vésuve, Pline l’ancien écrit “le vin est à lui seul un remède, il nourrit le sang de l’homme et amoindrit le chagrin et les soucis.”.
Voyez-vous, L’usage du vin est de tout âge préconisé. Bien entendu, tout est affaire de mesure.
Vous nous partagez des exemples tirés de la mythologie, et d’auteurs très anciens. Y a t-il des faits plus récents ?
Bien sûr !
Quelques siècles plus tard, voyez-vous, les vignes étaient plantées tout autour des abbayes. Les moines la cultivaient à Cîteaux, Cluny, pour ne citer que les plus notables.
Et dans ses textes, saint Benoît recommande même à ses frères en religion de boire du vin au cours des repas conventuels. Il parle d’environ un quart de litre, ce qui était considéré comme une ration normale, n’est-ce pas.
N’oublions pas non plus que, pour les alchimistes du Moyen Âge, le vin avait une valeur tout à fait particulière.
Le vin blanc était appelé « l’or potable », parce qu’il représentait en quelque sorte la lumière du soleil capturée dans la grappe. Et le vin rouge, lui, correspondait naturellement au sang, c’est-à-dire à la force vitale.
Au XVIème siècle, Rabelais disait déjà : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse. »
Vous le constatez de nouveau, de tout temps on reconnaît les vertus du vin.
Voilà pourquoi, à mon sens, le vin devrait être remboursé par la sécurité sociale… si tant est qu’elle existât à ces époques ! .
Je terminerai en citant le grand Louis Pasteur. Pour lui, le vin restait la plus saine et la plus hygiénique des boissons.
À ce propos, un illustre confrère disait que si « un litre de vin contient la huitième partie de la ration alimentaire d’un homme, il renferme les neuf dixièmes de sa bonne humeur !»
Et d'où viennent les vertus bénéfiques du vin, docteur ?
Voyez-vous, la qualité d’un vin dépend de plusieurs facteurs. Il y a d’abord le cépage, naturellement, mais aussi la composition géologique du sol, l’eau, le climat… et bien sûr le travail du vigneron.
Un même cépage cultivé sur des terrains différents produira des vins qui ne se ressemblent pas. La vigne puise dans la terre toute une série d’éléments : azote, phosphore, potasse, ainsi que de nombreux sels minéraux.
Ce sont ces éléments qui participent à la qualité du vin, mais aussi à ses effets sur l’organisme. Lorsqu’un terrain est bien équilibré, riche en ces substances, la vigne donne un vin particulièrement complet.
Et parfois, voyez-vous, il suffit de quelques mètres pour que tout change. Si le cep rencontre un banc de marne, une dalle de calcaire ou un lit de gravier, la composition du vin se modifie déjà. C’est ce qui explique la singularité de certains grands terroirs : Châteauneuf-du-Pape, Sauternes, ou encore le Haut-Médoc.
On peut donc dire que la majorité des éléments qui entrent dans la composition du vin proviennent du sol. Et ce sont ces éléments agissent ensuite sur l’organisme humain : certains vins sont toniques, d’autres stimulent les reins, d’autres encore favorisent la digestion.
C’est pour cette raison que, dans certains cas, le vin peut devenir un véritable remède, à condition bien sûr de savoir quel vin employer et dans quelle circonstance.
Car voyez-vous, mon bon ami, chaque vin a sa personnalité… et parfois même sa petite spécialité médicale.
Je saisis l’opportunité et vous pose la question que tous les lecteurs de Spiritus Vinum attendent : comment soigne-t-on une constipation ?
Voilà le cœur du problème, si je puis dire…
Cet état de paresse intestinale n'est pas une maladie en soi. Il dépend souvent de facteurs tant physiques que psychiques qu’il appartiendra au médecin traitant de déterminer, en vue de l’établissement d’un régime et d’une hygiène de vie.
Dans bien des cas, la constipation est en rapport avec un état d’atonie des muscles lisses de la paroi intestinale et d’une pauvreté de la sécrétion biliaire (un paragraphe de mon livre traite particulièrement de l'insuffisance biliaire).
Le choix se portera sur des crus peu alcoolisés, pauvres en sucre, mais riches en magnésie, en tartrates et en potassium, riches également en glycérine qui réveille la paresse intestinale.
Les crus que je peux derechef vous conseiller sont l'Anjou blanc, Bandol, Bergerac, Cassis, Jurançon, Montravel doux, Morgon et… le Pécharmant.
Je peux même vous confier une petite recette personnelle d’un vin laxatif : faire macérer pendant quinze jours 30 grammes de gentiane jaune dans un litre d’Anjou blanc ou de Cassis, et en prendre un verre à Bordeaux avant les repas.
Et voilà, vous voyez, mon bon ami, chaque vin a sa spécialité, et certains crus réveillent l’intestin paresseux. Mais il n’y a pas que la constipation qui réclame notre attention : d’autres troubles digestifs, comme l’aérophagie, méritent eux aussi un choix judicieux de vin, et là encore, le vin peut jouer un rôle surprenant et efficace.
Merci, Docteur, pour ces précieux conseils… et avant de lever nos verres, un dernier : comment soulager l’aérophagie chez nos lecteurs ?
Le ballonnement gastrique et la flatulence intestinale ont souvent leur origine dans un dérèglement du système nerveux sympathique. Cette manifestation se rencontre principalement chez les sujets nerveux, inquiets, insatisfaits, ou tourmentés par un problème affectif ou professionnel. La base en est donc d’ordre psychique.
Pour combattre cette manifestation, il convient de choisir un vin riche en gaz naturel, qui favorise les contractions de l’estomac et comporte, en même temps, un facteur euphorisant.
Les crus que je vous conseille : Champagne sec, Bret… ou Gaillac perlé !
Et je peux même vous confier une autre petite recette personnelle, spéciale pour les lecteurs de Spiritus Vinum : dans les cas de douleurs gastro-intestinales provoquées par une accumulation d’air ou de gaz, faire macérer pendant 12 heures 50 grammes de centaurée sèche dans un litre de vin d’Anjou sec, et en prendre un verre à Bordeaux avant les repas.
Docteur Maury, avant de conclure cet entretien, voudriez‑vous ajouter quelque chose à nos lecteurs ?
Et je rajouterais : je le répète, à mon sens, la meilleure façon de lutter contre l’alcoolisme serait que les vins soient remboursés par la sécurité sociale.
Voyez-vous, c’est honteux : en Angleterre, on rembourse le whisky pour les malades, et il n’y a pas de raison qu’en France, pays du vin, on ne rembourse pas également un vin prescrit par le médecin. Cela permettrait d’éviter bien des excès et d’encourager une consommation raisonnée, dans un cadre médical.
C’est, à mon sens, la meilleure façon de protéger les Français et de valoriser nos crus.
Docteur, nous vous remercions pour cet entretien.
Amis lecteurs, une dernière chose pour la route : sachez que si vous abusez du Pécharmant dans le cas de constipation, restez dans la même région viticole puisqu’un Madiran âgé aura des propriétés anti-diarrhéiques.
Ça doit être vrai, si c’est le Doc qui l'a dit...
