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Liber Pater - Corbeyran et Horne

Scénarisée par Corbeyran et dessinée par Horne, la bande-dessinée "Liber Pater, le goût du vin retrouvé" retrace l’histoire de ce vin parfois critiqué, parfois déifié et désigné comme le plus cher du monde. Mais c'est aussi et surtout l'histoire de la vocation tardive d'un homme doté d'une volonté à toute épreuve. "Réalise ce qui te fait viscéralement triper, n’aie aucun doute de tes convictions et fais fi de tes détracteurs" pourrait en être sa morale.

Corbeyran inspiré par l'histoire "brûlante" de Liber Pater

Plus qu’un simple déroulé chronologique, la BD relate l’histoire passionnante de ce vin reconnu dans le monde entier et de ses créateurs : Loïc Pasquet, ingénieur qui collectionnait déjà les bouteilles de vin à 12 ans, et sa femme Alona. Quand on demande au scénariste ce qui lui a donné envie de se pencher sur l’histoire de ce vigneron et son vin en particulier, il répond sans hésiter :

« C’est l’acharnement dont il a été victime qui m’a intrigué et incité à prendre contact avec lui. Qu’est-ce qui pouvait bien - dans sa démarche et dans son discours - inquiéter autant ses détracteurs ? »
Corbeyran

Le cheminement de ce vigneron obnubilé par les vins qu’on pouvait boire avant la crise du phylloxéra est un fil rouge. On caresse l’intimité de ses questionnements, de ses doutes. On partage ses rencontres déterminantes et surtout on prend conscience de sa volonté sans faille. Car elle doit être évidemment sans faille cette volonté. Sans faille pour, seul, travailler le sol avec l’aide d’un mulet, introduire des cépages anciens presque illicitement, les planter en franc de pied, se documenter pour retrouver les méthodes anciennes de vinification.

Tout cela sans relâche avec un but unique, un graal : élaborer un vin qui correspondrait pour Loïc Pasquet à celui qu’on pouvait boire au XIXème siècle : “Certains voient la vierge ou la réincarnation du dalaï lama… Ma vision à moi c'est un pied de vigne… Il ne parle pas, il ne me donne aucune mission mais… il me transcende ! C’est la révélation.” Loïc Pasquet, créateur de Liber Pater (citation tirée de la BD)

Horne ambitionnait de dessiner la bande-dessinée Liber Pater avec du vin

La bande-dessinée interpelle au premier abord par son traitement graphique. L’immersion est immédiate grâce au trait souple du dessin et ses nuances lie-de vin. Pour retranscrire sur le papier la couleur du vin, le dessinateur a d’abord voulu littéralement le faire avec du vin. Mais dans la pratique, ça s’oxyde et ne devient pas très joli joli. Finalement il a opté pour une encre proche de la couleur du vin. Pour la technique, il a utilisé la méthode traditionnelle : le pinceau.

« J’ai fait les dessins de Liber Pater comme Loïc Pasquet a fait son vin : de manière traditionnelle »
Horne

Liber Pater, le goût du vin retrouvé, extrait / ©Glénat 2019

3 questions posées à Corbeyran à propos de Liber Pater

Comment l'avez-vous appréhendé la rencontre de Loïc Pasquet et Pater Liber ?

S’il y a bien une chose qui est au cœur de mon travail de scénariste autour de la vigne et du vin, c’est la curiosité. La mienne est insatiable. Ma soif de découverte est au moins aussi inextinguible que mon envie de boire des coups. Le corollaire de cette curiosité, c’est la rencontre avec les principaux acteurs de ce domaine : les vignerons. La plupart font leur travail très honnêtement : comme ils l’ont appris de leurs prédécesseurs, dans le respect des normes que leur imposent les instances qui encadrent la profession sur le plan légal, avec les contraintes d’une météo de plus en plus compliquée à gérer (gel, grêle, réchauffement).

Ces hommes ont des employés à rémunérer, des sociétés à faire tourner, des marmites à faire bouillir, du vin à produire. La vigne est un métier difficile, parfois même désespérant. Chacun se débat, se débrouille, avec ses propres armes. Les armes de Loïc sont différentes car son approche est différente. Il n’est pas l’héritier d’une terre et il n’est pas là pour se plier aux règles d’un système qu’il juge obsolète.

Quand on regarde l’histoire ancienne et récente, les insurgés, les révoltés, ceux qui bravent la loi et l’ordre (des types comme José Bové par exemple) font toujours un passage par la case tribunal ou la case prison avant que leurs idées ne soient comprises, acceptées et finalement reproduites car considérées comme allant de soi. C’était donc très intéressant de prendre l’histoire de Liber Pater au moment où elle était encore « brûlante », chauffée à blanc sous le feu des critiques. Loïc Pasquet divise car ses propos sont résolument provocateurs. Il propose des alternatives et, par la même, attire la foudre. Mais il est évident que le monde a besoin de ce genre de troubles fêtes pour progresser. L’idée d’un progrès linéaire et inéluctable est battue en brèche par des esprits comme celui de Loïc qui propose un progrès qui s’inspire autant des pratiques anciennes (réhabilitation des vieux cépages, plants non greffés, travail des sols, etc) que d’innovations (station météo pour prévenir les maladies, etc). J’ai rencontré Loïc sans filtre, comme je l’ai fait avec d’autres, en posant des questions sans a priori, sans arrière-pensée, sans jugement préalable et surtout en écoutant les réponses et en essayant de garder l’esprit ouvert. Au final, c’est la richesse de son propos, l’intensité de son histoire et l’originalité de sa démarche qui m’ont incité à lui consacrer une BD à part entière.

« Quand je me pointe chez un vigneron, c'est pas pour jouer à la playstation »
Corbeyran

L’aventure Liber Pater doit laisser de précieux souvenirs…

En près de 15 ans, j’ai rencontré des centaines de vignerons. Tous - à leur échelle et à leur manière - m’ont apporté quelque chose. C’est un bagage très précieux. Le monde du vin est tellement riche, tellement varié en termes de pratiques et de goûts. Et chaque acteur est une petite facette de ce monde. Mais ce que j’ai appris au fil du temps, c’est que cette facette est un véritable univers en soi, car elle est le reflet d’un petit coin du globe, d’une terre, d’une histoire, d’une pratique, d’une réflexion, d’une philosophie, d’une personnalité.
Parmi ces hommes et ces femmes que j’ai croisés lors de mes visites, certains sont restés en contact avec moi et sont devenus des amis. Loïc fait partie de cette catégorie. On s’appelle régulièrement. On se tient au courant. On dîne ensemble. On se marre aussi.

Avez-vous goûté le Liber Pater ?

Bien sûr ! Quand je me pointe chez un vigneron, ce n'est pas pour jouer à la playstation : la dégustation est un moment incontournable de la visite ! Ce qu’il y a d’extraordinaire avec Liber Pater, c’est que ce vin ne ressemble à aucun de ceux que j’avais goûtés jusqu’alors. (...) Cela reste une expérience unique tout simplement car le goût de ce vin est unique. Et j’ajoute que chaque millésime est différent du précédent (eh oui… je les ai TOUS goûtés !)

Loïc Pasquet, Corbeyran et Horne travaillant sur le livre Liber Pater / Photo ©Bénédicte Gourdon

Remerciements & sources

Un grand merci Corbeyran pour sa disponibilité et sa spontanéité.

Interview de Horne : www.youtube.com/watch?v=vedlktbOLpc
www.terredevins.com/actualites/liber-pater-2015-le-vin-le-plus-cher-au-monde

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